« Je pense aux matelots oubliés dans une île,

  Aux captifs, aux vaincus, à bien d’autres encore… »

Baudelaire, « Le cygne », Les Fleurs du Mal

Tout s’est décidé lors de la fête du Soleil, quand une femme a décidé de prendre le masque de l’étrangère orientale, de rompre la fête et d’assumer le verbe et le geste furieux de l’épouse reniée et chassée de Corinthe. Cette fois, Médée ne laissera à personne d’autre le soin de traduire sa langue barbare. Elle adoptera aussi la langue commune du chœur et du public… Cette nouvelle version de la Médée d’Euripide nous mènera de son premier sanglot jusqu’au moment où retentissent les cris des enfants et l’ultime dispute des époux désunis.

Face à l’énormité tragique de la Médée d’Euripide, Sophocle avance deux grands héros, Philoctète bafoué par ses amis et Œdipe trompé par le destin.

Philoctète, exilé lui aussi par ses propres compagnons, méprisé, abandonné sur une île, est livré au mal qui ronge son pied purulent et parle lui aussi les deux langues : la langue commune de transaction (dans la belle traduction d’Aymeric Münch !) et la langue grecque de la douleur dionysiaque. Il reviendra au fils d’Achille, Néoptolème, manipulé par Ulysse, de ramener en Troade Philoctète et l’arc par lequel Troie sera prise.

Œdipe, faux étranger, revient de Corinthe à Thèbes au son d’un Hymne delphique à Apollon, et porte dans ses pieds boiteux et dans ses yeux incapables de voir la vérité et le mystère de son destin. La troupe Démodocos reprend la pièce Œdipe roi créée en 2014, et place devant le rempart de Thèbes la trilogie thébaine : Œdipe roi de Sophocle, Les Sept contre Thèbes d’Eschyle et Antigone de Sophocle avec une intégrale exceptionnelle prévue le 28 mars 2026. 

Bienvenue à la comédie de Molière aux Dionysies, sous l’impulsion de Laurent D’Aumale, qui a réécrit le Médecin malgré lui… en latin (sous-titré) ! Platon sera là aussi, avec Hugues Badet et Stéphane Poliakov, qui nous convieront également en Ukraine, ou plutôt chez les Taures, pour méditer sur la piété avec l’Iphigénie en Tauride d’Euripide en regard de l’Euthyphron. Le regard du poète latin Lucrèce sur les dieux, incanté par Guillaume Boussard, devrait accompagner leur réflexion. Le lycée Louis-le-Grand et le Lavoir Moderne Parisien sont partenaires de cette édition 2026.

Deux surprises pour commencer, une projection du film Le double destin du roi Œdipe aux Trois Luxembourg le 18 mars, un chant de l’Illiade, Achille face à Hector qui retentira en Sorbonne le 19 mars, du Catulle au lycée Louis-le-Grand le 22 mars et encore des hexamètres clôture, au lycée Jules Ferry le 30 mars.

Les villes à prendre, Troie, ou Thèbes. Les héros exilés Ariane (qu’on retrouvera avec bonheur), Jason, Médée, Philoctète, Cadmos, Œdipe, Polynice. L’historien Diodore raconte le sac de Thèbes par Alexandre au seuil de sa conquête de l’Asie : Thèbes, la ville phénicienne fondée par Cadmos, était bien une étrangère en terre hellène… Pindare pleurait sur sa ville de Thèbes complice des Perses.

En l’honneur de notre amie perse disparue le 4 janvier 2026, Anahita Bathaïe, complice de nos vingt dernières années de théâtre, nous donnerons une représentation exceptionnelle des Perses, l’immense tragédie d’Eschyle, à la gloire des Grecs victorieux, certes, non moins qu’à la gloire de l’immense peuple souffrant des Perses. 

Le théâtre et le mythe d’autrefois, rejoués au présent, pour conjurer les guerres de conquête et les douleurs de l’exil.

Philippe Brunet

pour les Dionysies

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